Un président dans la tourmente

3 septembre 2018

Tribune de Sabrina Arnal, vice-présidente de l’UJP et présidente des Républicains-Sorbonne, parue dans Les Echos le 3 septembre 2018.

La rentrée d’Emmanuel Macron n’aura rien d’un défilé en grande pompe. Entre l’affaire Benalla, la démission de Nicolas Hulot, les impréparations flagrantes concernant l’impôt à la source, les sondages qui ne cessent de mettre en avant un président vulnérable, ce dernier semble rattrapé par la réalité quotidienne des Français, qui, par-dessus tout, ont vu leur pouvoir d’achat diminuer et les prélèvements augmenter.

Les chiffres sont tombés et Emmanuel Macron, qui avait placé son quinquennat sous le mot d’ordre des réformes et des restrictions, est une fois de plus trahi par les résultats plutôt douteux de sa politique budgétaire.

La réalité prenant finalement toujours le pas sur la démagogie, nous apprenons que la croissance s’est grandement ralentie par rapport à l’année 2017 qui enregistrait un score positif de 2,3 % de croissance. Aujourd’hui, nous sommes loin du compte et des promesses du Président : la croissance a plafonné à 0,2 % au second trimestre de l’année 2018.

Autrement dit, la prévision de croissance pour 2018 et 2019 devra être abaissée, et la politique budgétaire, repensée. Par ailleurs, la France a enregistré le plus faible taux de croissance de l’Europe, alors que le PIB de la zone euro augmente à un rythme doublement supérieur.

Il ne semble pas déraisonnable de se poser la question : tenons-nous ici le désaveu de la politique économique lancée par le Président ? Les investissements sont en baisse, l’inflation est constante et le budget des ménages est sans arrêt ponctionné. La reprise promise par Emmanuel Macron semble s’être perdue dans des discours électoralistes qui ne répondent visiblement pas aux attentes des Français.

Si certains économistes soulignent le fait qu’à moyen/long terme, la consommation devrait repartir, et que les mauvais chiffres de la croissance sont dus notamment aux prélèvements sur le pétrole et le tabac ainsi qu’à des éléments extérieurs à nos frontières, le fait est que la France décroche aujourd’hui nettement en termes de pouvoir d’achat. Et ce sont les ménages les plus modestes et les classes moyennes qui en font les frais.

Certains voudront attendre, faire preuve d’un peu plus d’indulgence à l’égard du gouvernement, le temps qu’il « fasse ses preuves ». Mais comment peut-on demander aux ménages français de se serrer la ceinture cinq ans de plus, alors même que les premiers chiffres ne présagent rien de bon et qu’ils sont déjà victimes des conséquences des politiques mises en oeuvre ?

Près de deux fois moins d’emplois ont été créés par rapport au premier trimestre de l’année 2017. Le taux de chômage reste par ailleurs à un niveau élevé : le nombre de chômeurs chez les moins de 25 ans a augmenté de 1,9 %, et le nombre de chômeurs de catégorie A a également augmenté. Le nombre d’inscrits à Pôle Emploi depuis plus d’un an est en hausse de 7,2 %.

C’est un pari sur l’avenir qu’a voulu engager le président. La question est de savoir à quel prix et pour quoi faire ? À quelle frange de la population la politique budgétaire du gouvernement profitera-t-elle vraiment ? Les Français sont en droit de se poser la question, car, confronté à ses mauvaises prévisions, le Président sera contraint de creuser encore plus le déficit ou bien de réduire drastiquement les dépenses publiques.

Les espoirs des Français en une société d’avenir tournée vers l’apaisement s’effacent peu à peu pour laisser place à la dégradation de leur niveau de vie et de leur pouvoir d’achat. Les irréductibles Gaulois qui protestent et protesteront contre cela seront-ils une fois de plus qualifiés de réfractaires ?

Sabrina Arnal, présidente Les Républicains-Sorbonne et vice-présidente de l’UJP.

2018-09-04T10:38:09+00:00