Pourquoi suis-je spéciste ? (partie 1)

10 septembre 2018

Première partie de la Chronique « Pourquoi suis-je spéciste » d’Armand Blumereautraitant des thématiques du spécisme et du véganisme. 

Pour commencer, pardonnez-moi, chers lecteurs et lectrices, pour ce titre un peu racoleur. Il s’agissait pour moi de ne pas laisser inutilement le doute et le suspense sur le contenu de cette chronique, dont les présentes lignes constitueront la première partie.

Quelques informations préalables sont à rappeler. D’abord, il est bien évident que l’auteur de cette chronique est certes un homme des plus misérables, mais n’a pas de problème particulier et personnel envers la communauté végan, ni d’ailleurs envers aucune autre communauté, quelle qu’elle soit.

Ensuite, nous ne traiterons pas ici des arguments issus de la « doxa », qui sont très généralement liés à des considérations pratiques. Quelques exemples choisis : « la viande, c’est bon », « la viande créé des emplois », etc… Bien que palpitants, ces arguments « pratiques » donnent lieu à des débats interminables, souvent extrêmement techniques (sans avoir d’avis unanimes d’experts), et surtout complètement vains. En effet, pour un végan anti-spéciste, il ne peut exister d’argument pratique qui légitime ce qu’il considère comme un meurtre. De la même manière que, pour tout un chacun, il n’existe à priori aucun argument pratique pouvant légitimer le viol. Nous n’aborderons donc pas ces questions, mais ferons, pour une fois, de la pure philosophie.

Nous allons simplement nous poser la question suivante, point central du désaccord entre végans et non végans, et source de tous les autres arguments qui peuvent être trouvés d’un côté ou de l’autre : est-il éthique d’exploiter l’animal (et, par extension, le tuer) ?

Nous allons étudier cette question à la lumière des deux grands courants philosophiques liés à la morale : la doctrine déontologique et la doctrine utilitariste.

Les déontologistes (et le premier Kant) considèrent qu’une action peut être jugée moralement bonne ou mauvaise, non pas en fonction des conséquences de cette même action, mais en fonction de l’action elle-même qui doit respecter une liste de prescriptions du type « tu ne tueras point ». Dans cette logique, tuer quelqu’un qui tente de vous tuer pourrait par exemple être considéré comme immoral.

Appliquons maintenant cette vision à notre problème. On se rend rapidement compte que la difficulté est de se mettre d’accord sur les prescriptions par rapport auxquelles il faudrait juger l’action. Pour ce faire, nous allons utiliser la méthode de Kant lui-même, qui écrivait qu’une action est en soit mauvaise, si son universalisation est néfaste. En synthèse, le mensonge est mal, car si tout le monde ment, il n’y a pas de société possible. Dans le cas de l’exploitation animale, son universalisation ne pose pas de problème : si tout le monde exploite un lapin au même moment, cela n’aura aucune incidence sur notre monde. La société ne s’en portera pas plus mal. Il est vrai que l’exploitation à grande échelle peut poser quelques problèmes, mais il s’agit essentiellement de problèmes pratiques dont, rappelons-le, nous ne parlerons pas dans cette chronique. L’action d’exploiter, en soit, n’est pas nuisible.

Ainsi, il semble que l’exploitation animale soit permise dans une logique déontologique.

Les utilitaristes, quant à eux, considèrent que l’on ne peut juger une action que sur ses conséquences. Si, en tuant quelqu’un, vous sauvez 20 autres vies, votre action sera bonne.

De la même manière, tuer un animal ne semble pas avoir de conséquence néfaste en soit. On peut admettre que la quantité pose problème, mais l’action en soit n’a pas de conséquence négative. L’exploitation semble donc également permise dans une logique utilitariste.

En revanche, nous devons rappeler un point important : ces deux éthiques sont intrinsèquement liées à l’anthropocentrisme. Dans les deux cas, on juge les actions de l’Homme par rapport à l’Homme. Or, justement, les anti-spécistes rejettent cette idée.  Dans cette première partie, nous n’avons in fine pas prouvé de manière absolue que l’exploitation animale est éthique (ou, du moins, non immorale) : nous avons seulement prouvé que l’exploitation animale serait éthique dans l’hypothèse où l’Homme serait considéré comme supérieur à l’Animal.

La question de la supériorité de l’Homme est donc la véritable question à traiter. Affaire à suivre dans une seconde partie…

Armand Blumereau, étudiant

2018-09-10T14:00:33+00:00