Peut-on encore être gaulliste de gauche en 2018?

19 septembre 2018

Tribune de Suleiman Leites, étudiant, pour Tribune Gaullienne.

« Le vrai gaullisme est à gauche » s’exclamaient René Capitant et Louis Vallon, deux figures historiques du gaullisme de gauche. Les fondateurs de ce mouvement furent pour la plupart d’anciens socialistes ou radicaux, représentant une minorité réformiste au sein des mouvements gaullistes de l’époque, autour de l’UDT (Union Démocratique du Travail).

Associer le capital et le travail : telle était l’ADN du gaullisme de gauche. Il s’agissait alors de dépasser la lutte des classes pour garantir l’indépendance nationale. Soixante ans plus tard, il va de soi que les problématiques domestiques et internationales ont changé, avec l’avènement du système néolibéral, la mondialisation et l’intégration européenne, les questionnements identitaires… Aujourd’hui, aucun responsable politique n’arrive à apporter une solution globale aux problèmes contemporains. Sur quelles bases pourrait-on renouer avec un gaullisme de gauche?

Articuler la question sociale et nationale

Après 1969, les gaullistes de gauche et leurs héritiers se sont progressivement ralliés à la gauche traditionnelle, quand celle-ci a accepté les institutions de la Vème République. Il s’agissait alors de réagir à la droitisation du gaullisme pompidolien sur le plan économique et social, puis au tournant atlantiste du RPR. A partir des années 80, la recherche du progrès social semble plus que jamais liée à la question nationale, la Nation apparaissant comme le dernier rempart pouvant faire face au capitalisme mondialisé.

Réconcilier la gauche avec le gaullisme, c’est aussi renouer avec l’histoire de France dans toute sa complexité et sa subtilité. La France n’est pas née en 1789, elle est le fruit d’une longue histoire, qui a façonné notre mode de vie et nos codes sociaux. La tradition égalitaire y est prépondérante, ce qui nous différencie des pays anglo-saxons. Il s’agit alors d’intégrer ces traditions, dans un but d’émancipation des citoyens: progrès social et sociétal ne peuvent être qu’au service du bien commun.

Renouer avec l’indépendance de la France

La volonté d’une France libre et souveraine dans ce que de Gaulle appelait une « Europe européenne » a été mise à mal par ses successeurs. Cela a commencé par un ralliement progressif de l’UDR puis du RPR à une inclinaison atlanto-libérale, pour se démarquer face à l’union de la gauche. Peu à peu, gouvernée tantôt par des thuriféraires d’une Europe fédérale, tantôt par des apôtres du droit d’ingérence, la France a cessé de faire valoir ses intérêts, au profit de ceux de puissances étrangères.

Les tenants du dogme post-national ont une volonté en commun: diviser les français en deux camps, les progressistes et les nationalistes. Cette assignation à résidence idéologique permet d’éviter tout débat. En réalité, le projet chimérique de l’Etat maastrichtien est une catastrophe, car il monte les Nations européennes les unes contre les autres, au lieu de les rassembler. Les récentes crises monétaires ou migratoires nous ont montré une nouvelle fois qu’il n’y avait ni bien commun européen, ni solidarité européenne. Cette Europe désincarnée va-t-elle s’écrouler comme un château de cartes?

Déjouer les menaces identitaires et communautaires

Un autre symptôme du mal français est la crispation identitaire qui ronge notre société, sous fond de tensions religieuses et communautaires. Le gaulliste de gauche est très attaché à la laïcité, car elle permet l’émancipation des citoyens autour de valeurs républicaines communes, par le rejet des prétentions politiques du religieux. Au contraire, le repli sur une identité fantasmée est mortifère : brandir l’étendard du choc des civilisations est le meilleur moyen de passer à côté de la question sociale.

D’autre part, il est nécessaire de prendre le contrepied de la bien-pensance sans-frontiériste : la question migratoire n’est pas une question morale, c’est un choix politique et économique. Enfin, l’identitarisme comme le communautarisme minent la cohésion nationale, pour une raison très simple : les communautés construites par des idéologies religieuses ou raciales brisent le peuple et affaiblissent la Nation. Seule une politique républicaine et sociale pourra permettre de répondre à cette angoisse identitaire et de refaire France.

Suleiman Leites, étudiant

2018-09-19T22:42:14+00:00