Le communautarisme, ennemi numéro 1 de la République

6 juillet 2018

Tribune de Romain Naudinsecrétaire-général et porte-parole de l’UJP et vice-président des LR Assas, parue le 6 juillet 2018 dans Agoravox et appelant au refus de tout communautarisme. 

C’est l’histoire d’une nation qui se fracture entre plusieurs groupes homogènes. Ces groupes se différencient par l’ethnie, l’origine ou la religion de leurs membres. Au départ, tout semble bien se passer : chaque groupe évolue en parallèle des autres, et tous disent entendre vouloir respecter la loi commune fixée par l’Etat. Puis, peu à peu, l’une de ces communautés souhaite avoir une part supplémentaire du gâteau commun : elle fait pression pour que la loi de l’Etat fasse des concessions et lui reconnaisse une place spécifique. Forte de cette avancée politique et culturelle, la communauté en question accentue davantage encore ses particularités et exige progressivement que sa loi remplace celle de l’Etat. Les autres communautés, jalouses, décident de réagir, pointant du doigt celle qui prend trop de place, et exigent elles aussi que l’Etat leur accorde une place particulière, privilégiée. Cette dynamique provoque un cercle vicieux : à chaque nouvelle concession de l’Etat vis-à-vis d’une communauté se renforcent les tensions entre communautés, chacune souhaitant avoir plus de parts de gâteaux… Tandis que, concomitamment, la société se divise, se fracture, ses membres ne se reconnaissant plus en tant que citoyens d’une même République mais s’identifiant désormais à un groupe ethnique ou religieux qui a sa propre loi.

Cette triste histoire décrit l’évolution lente que subit la société française. Notre République sensée être laïque et indivisible est en effet confrontée depuis une trentaine d’années à des divisions communautaires de toutes sortes.

Le communautarisme islamique, échec de l’assimilation républicaine

C’est le communautarisme fondé sur l’islam qui, dans cette France du début du XXIe siècle, préoccupe le plus nos contemporains. L’immigration en provenance de pays majoritairement musulmans et l’irruption de l’islam dans une société française sécularisée et culturellement judéo-chrétienne ont attisé les craintes d’une partie de la population et posé la question de l’intégration des nouveaux arrivants et de la place de leur religion vis-à-vis de l’Etat. Le regroupement de ces nouveaux arrivants dans des quartiers entiers laissés à l’abandon économique, l’échec de l’Education Nationale dans l’assimilation ainsi que l’impossibilité, pour notre pays, de donner un véritable avenir aux jeunes de ces quartiers ont provoqué un phénomène bien connu dans les sociétés anglo-saxonnes : une communautarisation de ces populations d’origine immigrée. Non assimilées à une culture française qu’elles ignorent ou méconnaissent, reléguées dans des zones géographiques où la mixité sociale et culturelle n’existe pas, elles forment une communauté quasi-homogène, où l’islam sert de dénominateur commun et dans laquelle ses membres s’identifient davantage comme musulmans que comme Français à part entière.

Les conséquences de ce communautarisme religieux sont inquiétants et sans appel. Les controverses sur le voile à l’école ou à l’université, sur le burkini, sur les menus de substitution à la cantine ou encore sur les piscines municipales non mixtes ne sont que la partie émergée d’un iceberg sur lequel se fracasse le paquebot France.

Dans certains quartiers, l’école subit de plein fouet la montée d’un extrémisme religieux favorisé et alimenté par le communautarisme. Les témoignages de professeurs se plaignant de ne plus pouvoir librement enseigner leur matière à des élèves qui opposent leurs convictions religieuses à l’instruction républicaine se multiplient. Il en va ainsi de ces professeurs de biologie qui tirent la sonnette d’alarme sur la progression, dans certaines classes, des théories créationnistes remettant en cause l’évolution.

Dans ces mêmes quartiers où l’islam radical et la charia tendent à remplacer insidieusement la loi de la République, les actes antisémites sont en forte hausse, les juifs étant de plus en plus souvent la cible d’une communauté religieuse qui voit en eux, non pas des concitoyens ou des frères, mais des ennemis à abattre. Mireille Knoll en est le plus triste exemple récent.

Il y a aussi ces centaines de jeunes qui, privés de repère stable, évoluant depuis le plus jeunes âge dans un cadre familial fortement marqué par la religion et le repli communautaire, et après avoir basculé dans la petite délinquance, se radicalisent en prison, et sont potentiellement capables de devenir les Mohamed Merah et Saïd Kouachi de demain…

Il y a enfin cette montée inexorable, semblant quasiment impossible à arrêter, d’une haine de la France, de cette volonté d’imposer sa loi et ses pratiques culturelles et religieuses sur les principes de la République et sur un cadre civilisationnel français perçu comme hostile, une montée qui fait reculer pas à pas une République démunie face à ce phénomène.

Ne nous leurrons toutefois pas : le phénomène du communautarisme religieux est d’autant plus regrettable qu’il n’est le fruit que d’une minorité bruyante. Tandis que nombre de musulmans vivent pacifiquement une foi compatible avec le cadre républicain et sont parfaitement intégrés à la société française, une minorité d’intégristes salafistes agit ouvertement de manière à faire croire qu’elle représente la majorité et refuse toute intégration sociale et culturelle. L’idéologie radicale qu’elle véhicule a l’effet d’un poison qui se propage dans la société et contamine des milliers de jeunes ou moins jeunes qui se sentent délaissés par la France.

Le communautarisme, ou le danger d’un délitement de la société

Cette minorité active ne doit pas troubler l’ordre social républicain, fondé sur le refus des divisions communautaires et sur la volonté, quels que soient sa religion, sa couleur de peau, son origine ou son statut économique, d’appartenir au même équipage et de suivre un même destin. Les divisions entre communautés ethniques ou religieuses démantèlent cet équipage national, anéantissent ce destin commun, en provoquant un délitement du lien social et des conflits inévitables entre communautés : lorsque l’identité religieuse ou ethnique – être musulman, catholique, juif, protestant, noir, asiatique… – passe avant l’identité nationale – être Français, avant tout attaché à son pays de naissance ou d’adoption -, se profile inéluctablement l’impossibilité de faire vivre dans un même cadre institutionnel et civilisationnel des individus d’horizons distincts. Chaque groupe voudra imposer sa loi, chaque groupe voudra retirer des droits aux autres, chaque groupe exercera sur ses membres une pression interne pour éviter toute émancipation ou tout rattachement de l’individu à un autre groupe qui viendraient affaiblir la communauté d’origine.

Le communautarisme islamique est le plus visible actuellement et celui qui semble être le plus inquiétant pour le moment. Mais lutter contre le communautarisme signifie lutter contre tous les communautarismes, quels qu’ils soient : les autres communautarismes religieux, mais aussi les communautarismes régionaux, fondés sur les spécificités culturelles et linguistiques d’une région – telle que la Corse -, et qui tendent à pousser à la sécession de ces régions.

Refuser les communautarismes, le combat essentiel d’une République qui se veut unitaire

Notre République, laïque et indivisible, ne doit pas abandonner son modèle assimilationiste et unitaire au profit d’un modèle anglo-saxon multiculturel qui ne fait que renforcer les communautarismes. La force du modèle assimilationiste tel qu’il avait été mis en place sous la IIIe République est qu’il permet de souder des individus de toutes confessions et de toutes origines autour d’un tronc civilisationnel et social commun. En ces temps où nous avons plus que jamais besoin de maintenir l’unité de la nation face aux difficultés économiques et au terrorisme, il serait irresponsable de jouer le jeu des divisions communautaires et d’ajouter des tensions à celles qui existent déjà.

Les jeunes gaullistes que nous sommes défendent résolument le modèle républicain d’unité nationale et culturelle fondé sur l’assimilation. Dans cette logique, nous nous opposerons toujours à tout recul de la République face aux velléités de certains qui voudraient faire primer leur communauté sur la loi. Nous appelons l’Etat à ne rien céder, ni aux intégristes, ni aux régionalistes – et notamment aux indépendantistes et aux autonomistes corses, qui n’ont malheureusement cessé de gagner du terrain depuis trop d’années. Nous appelons à ce que l’espace public reste un espace laïc – ce qui ne signifie pas qu’il faille, à l’extrême inverse, renier notre culture judéo-chrétienne. Nous appelons à ce que l’Education Nationale joue son rôle de vecteur de l’assimilation républicaine au-travers de l’instruction et de la transmission culturelle. Nous appelons à ce que la mixité sociale et ethnique soit favorisée, afin de lutter contre les phénomènes de regroupement et d’entre soi. Nous appelons enfin à ce que les flux migratoires soient contrôlés, afin d’éviter d’accueillir un nombre trop important de personnes que nous ne pourrions assimiler correctement.

La France est une, indivisible, bâtie sur une culture commune marquée par des influences diverses. Battons-nous pour éviter qu’elle ne devienne un champ de bataille entre communautés qui n’ont rien en commun.

Romain Naudin, secrétaire-général et porte-parole de l’Union des jeunes pour le progrès (UJP), vice-président des LR Assas

2018-07-06T19:45:08+00:00