Le capitalisme n’achèvera pas la terre, il la sauvera !

13 septembre 2018

Tribune de Quentin Hosterétudiant, rédigée pour Tribune Gaullienne sur l’écologie.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». S’il est de bon ton d’employer cette bonne formule chiraquienne – c’est un pléonasme –, son usage est désormais plus que nécessaire, tant elle prend sens aujourd’hui.

D’abord au sortir d’un été marqué par des incendies monstres et à l’aube de la saison des ouragans, funestement inaugurée il y a peu, et dont les causes ne font plus doute. Ensuite tandis que les rues s’emplissent à nouveau en cette rentrée, alors qu’il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu manifestation utile. Que ce soit pour combattre le bon sens politique ou le non-sens climatique, ce sont hélas toujours les mêmes figures qui se manifestent, pardon pour la caricature, de la gauche bobo-Hidalgo à la gauche néo-collabo-Diallo.

Si les protagonistes de la marche pour le climat, comme l’essentiel des belligérants dans la guerre contre le naufrage planétaire ont le mérite de poser les bonnes questions, la crédulité de leurs réponses ne reçoit, hélas, que peu d’opposition. Dans cette prise de conscience décisive pour l’humanité, le contingent paraît bien monochrome. Pour rester dans le même lexique, ça en touche une – partie de l’échiquier politique – sans faire bouger l’autre…

C’est qu’il ne faudrait pas abandonner le monopole du progrès à ceux qui s’en proclament aujourd’hui, de la Bastille à Notre-Dame-des-Landes, de Jean-Luc Mélenchon aux zadistes, et leurs solutions magiques. Le progressisme, après tout, ne serait-il que l’apanage d’une frange spécifique, pour qui l’écriture inclusive – qui consiste quand même à inclure des fautes d’orthographe (Paris est fièr.e) – constitue un symbole de « progrès » ? Ne serait-il pas grand temps que des voix plus discordantes ne s’emparent du sujet avant que sa primauté n’en soit confisquée ?

De la même manière que le débat sur l’immigration s’est hystérisé et tabouisé à force d’injonctions inquisitrices, la question écologique est en passe d’être soustraite au débat public. En cause, une passivité navrante face au procès en libéralisme diabolique, à qui l’on impute la déliquescence du monde.

Oui, le capitalisme libéral, la société de consommation telle que pratiquée aujourd’hui fait du mal à la Terre. Il convient de reconnaître cette évidence plutôt que de la nier piteusement. Pourtant, il ne s’agit pas de remettre en cause le paradigme, formidable moteur – et le meilleur jusqu’à preuve du contraire – du monde mondialisé. Faudrait-il tuer un malade au lieu de le soigner ? D’ailleurs, depuis le temps qu’est combattue l’économie de marché, elle ne s’en est jamais mieux portée. Et tant mieux, car on a besoin d’elle !

Car comme tout secteur d’avenir, l’écologie – ce terme galvaudé qui englobe toutes les actions environnementalement neutres – représente une opportunité économique considérable, avec toutes les innovations qui en découlent. Et si preuve il en est encore besoin, un coup d’œil dans le rétroviseur de l’Histoire, même récente, témoignera qu’aucune cause n’est jamais allée bien loin sans le soutien de la machine économique. C’est aussi vrai pour le développement de l’automobile électrique avec la puissance de financement d’Elon Musk que ça l’est pour « Le Média », avec son argentier Gérard Miller, quoique dans ce dernier cas peu suffisant compte tenu de la faiblesse du projet idéologique…

Imagine-t-on ainsi les entreprises d’aujourd’hui qui feront le monde de demain, à l’image de Tesla, naître et s’épanouir dans l’écosystème que prônent nos bonnes âmes hyper-régulatrices ? S’agirait-il d’orienter l’industrie française sur la mer comme le proposait le candidat Mélenchon pour en épuiser davantage les ressources ? De délaisser le nucléaire, énergie au meilleur ratio de propreté et d’efficacité ?

Le capitalisme n’est pas le problème de l’écologie, il en est la solution. Il devra certes pour cela être encadré par des politiques déterminantes, délestées du poids des lobbies et favorables aux entreprises et initiatives innovantes, hostiles à celles du – véritable – vieux Monde. Fatal il serait de croire le contraire, alors que l’urgence de la question écologique, unanimement reconnue, ne se voit pour l’instant apporter qu’une seule – fausse – réponse. Mais regrettable il serait aussi de sombrer dans la disqualification systématique de ceux dont on ne partage pas les idées.

Car aussi agaçants puissent paraître les discours vegans, en particulier lorsqu’ils sortent de la bouche d’aficionados de chemises à carreau allergiques au gluten, ou pire, de casseurs de vitrines de bouchers, ils ne sont pas dénués, une fois n’est pas coutume, de sérieux fondements. 70% des terres agricoles dans le monde sont consacrées à l’élevage, responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre autant que la pollution des eaux, l’appauvrissement des sols et la déforestation galopante. Intenable dans un contexte démographique et environnemental explosif.

De là à réclamer l’abolition de l’élevage, sur lequel repose encore le mode de vie d’un milliard de personnes dans le monde, il n’y a qu’un grand pas que le végétarien à géométrie variable que je suis n’oserait franchir. Si ce n’est réclamer la fin des élevages industriels intensifs, ignobles pour les animaux comme pour la planète, afin de glisser vers un modèle raisonnablement plus écologique et moins carné. Ce qui ne ferait pas de mal non plus aux animaux, victimes silencieuses de notre insouciance destructrice, alors qu’un tiers des oiseaux a disparu des villes en 20 ans, et 80% des insectes en 30 ans. Cela a beau nous importer peu, nous citoyens des villes déconnectées de la nature, mais la biodiversité s’effondre. Même au milieu du béton, on ne vivra pas mieux sur une Terre stérile.

L’écologie ne doit pas rester un combat à consonance hippie, au motif qu’il est celui d’une minorité qui nous déplaît. Elle doit passer d’une théorie marginale à un système de pensée, une manière de fonctionner. Il en va de notre avenir, pas celui de la Terre, qui se remettra de l’anthropocène comme de toutes ses ères de bouleversement passées.

L’humanité dispose aujourd’hui de tous les moyens – techniques, économiques, politiques – pour inverser la tendance, éviter l’enfer qui se préfigure. Son meilleur atout reste celui qui lui a permis de s’élever : l’économie de marché, l’esprit de compétition qui amène à se surpasser. A nous de rendre ce système plus vertueux, et à s’emparer du combat à la place des pessimistes, des névrosés, des poseurs de barrières, des marchands de tristesse.

Après une débauche de telles idées proférées comme autant de meurtrissures dans cette société pudibonde et réactionnaire, accordons-nous au moins pour dire qu’en ce qui concerne la Terre, soyons conservateurs !

Quentin Hoster, étudiant

2018-09-13T13:49:44+00:00