La question corse : une France faible renforce le nationalisme

19 septembre 2018

Tribune de Victor Chomard, collaborateur parlementaire, pour Tribune Gaullienne.

La victoire des autonomistes lors des élections territoriales en Corse, d’abord lors du scrutin de 2015 puis lors des élections spéciales de 2017, a tordu le bras d’un État français devenu faible et lâche.

Le Président de la République a ainsi cédé aux élus indépendantistes les plus anti-Français, comme à l’idéologie dominante poussant vers un démantèlement des nations européennes, en promettant l’inscription de la Corse dans un nouvel article 72-5 de la Constitution à l’occasion du Congrès du Parlement. Cette promesse non dénuée d’intérêts électoraux reconnaitrait dans la loi fondamentale que la Corse est une collectivité à statut particulier, que des lois et règlements pourraient y être adaptés, et que l’Assemblée de Corse pourrait décider elle-même sur habilitation de mesures de rang législatif ou réglementaire. La co-officialité de la langue corse est même évoquée.

Trop timide pour les plus autonomistes, cette réforme porte pourtant en son sein les prémices d’une émancipation vis-à-vis de la République. Ce processus, qui avait déjà poussé Jean-Pierre Chevènement à démissionner du Gouvernement Jospin en l’an 2000, doit être combattu.

Rien au regard de l’Histoire ne justifie que la Corse bénéficie de ce statut. Rappelons que l’île est française depuis 1769, soit avant Nice, la Savoie, ou la plupart des DOM-TOM. Ce n’est pas une colonie, elle n’a jamais subi l’esclavage, l’oppression ou la spoliation au contraire de l’Algérie dont les habitants n’étaient même pas citoyens français avant 1946. Elle ne peut pas non plus être assimilée à un territoire d’Outre-mer puisque distante de 170km du continent. La Corse a aussi largement profité de la solidarité nationale sans laquelle est serait aujourd’hui à un niveau d’équipement et de développement beaucoup plus faible. L’île profite aussi d’une quinzaine de niches fiscales dérogatoires du droit commun, comme les 2,1% de TVA sur les produits alimentaires, les 13% sur les carburants, ou les exonérations de taxes foncières sur les terres agricoles. L’île a bénéficié également de plus de deux milliards d’euros d’investissements au titre du Contrat de plan État-région en 17 ans. Et ce grâce à la méchante République française.

Par ailleurs, le nationalisme corse, malgré ses dénégations, devient comme les autres régionalismes européens un séparatisme ethnique qui estime que le fait d’appartenir à la nation française corrompt son identité. Cela justifie à leurs yeux la lutte armée, y compris par l’assassinat d’un Préfet. Ces mêmes nationalistes, le président de l’Assemblée territoriale en tête, Jean-Guy Talamoni, conçoivent leur combat politique comme un combat contre les institutions françaises et donc contre la France (en refusant de parler Français, d’admettre le drapeau tricolore, etc). Octroyer ce statut constitutionnel à la Corse, c’est légitimer le combat nationaliste. Rappelons aussi que les électeurs avaient souverainement refusé en 2003 une collectivité unique fusionnant la région et les deux départements de Haute-Corse et de Corse-du-Sud, mais que la loi leur a imposé tout de même cette collectivité en 2017, sous l’influence du nationalisme. Il va sans dire qu’une collectivité unique est déjà un statut d’exception, et que l’existence de deux départements (dirigés par les radicaux de gauche et la droite) était en réalité un obstacle au pouvoir des élus nationalistes, qui peuvent désormais régner sans partage sur l’île.

Enfin, le problème à reconnaître la Corse dans la Constitution est bien le risque d’ouvrir la Boite de Pandore. Pourquoi la Corse aurait droit à sa mention et pas l’Alsace, la Bretagne ou la Normandie, bien plus peuplées et tout aussi légitimes en termes d’identité ? Ce serait donner une prime à la terreur. C’est aussi un peu vite oublier que la France est « indivisible ». Ce n’est pas un détail. Il s’agit de notre tradition et de l’organisation de notre société depuis 1789. Ce concept est inscrit dans le texte constitutionnel. Les citoyens sont égaux, soumis aux mêmes lois quelle que soit leur région de résidence. D’ailleurs, les Corses ont toujours validé l’unité nationale par leurs votes en 1946 ou 1958.

Mais la question Corse est liée, plus généralement, au contexte de l’affaiblissement des nations européennes. La France en particulier, pays de la puissance publique, a abandonné en partie ses pouvoirs régaliens. La mondialisation et l’Union européenne sont malheureusement loin d’en être les seules causes. C’est surtout l’état d’esprit des élites qu’il faut incriminer. Ces dernières ont admis la disparition de l’État et du politique au profit du consensus mou, de l’achat de la paix sociale, et du règne du marché, des juges et des experts. Face à cet abandon, il est normal que les « territoires » cherchent à s’émanciper et à prendre leur destin en main. Les votes en faveur des nationalistes (avec des taux d’abstentions aux environs de 50%) expriment plus une méfiance envers un État en déliquescence qu’une adhésion réelle à l’autonomisme ou à l’indépendantisme. Tout au plus la population de Corse revendique bien légitimement son identité, ses traditions et sa langue.

La question Corse n’est par conséquent pas spécifique. Même s’il existe de réels problèmes (comme le statut de résident), ces derniers peuvent être traités sans démanteler la République. La véritable racine du mal trouvera son remède dans le réarmement politique de l’État, et ce contre une prétendue fatalité ou un chimérique « sens de l’Histoire ».

Victor Chomard, collaborateur parlementaire

2018-09-19T22:30:50+00:00