Gilets jaunes : un suicide bien français

26 novembre 2018

Tribune de Quentin Hoster sur le mouvement des « Gilets jaunes », pour Tribune Gaullienne.

Partis d’une simple mais légitime logorrhée anti fiscale, les gilets jaunes veulent désormais porter la voix des muets, des laissés pour compte. Celle, ici-bas, des exclus de la céleste juridiction Jupitérienne, des petites gens contre la méprisante oligarchie parisienne, celle d’une foule comme un seul homme : David, contre Goliath.

L’affaire serait aisée si l’on pouvait la réduire au simple dédain des provinces oubliées par un gouvernement technicien. Le cliché d’une élite informée, intimant l’ordre à un peuple ignare de se plier à ses visions a depuis longtemps fait son chemin, sublimé par les irresponsables de tous bords, surtout quand ils sont de gauche. A l’heure du manichéisme triomphant, du Maïdan des Champs-Elysées dans une France « vénézualisée », point de mal de vouloir sa pensée modérée : chaque « camp » se tire ici une balle dans le pied. Quand l’Etat et le peuple, deux jambes d’une même construction se tirent dans les pattes : c’est le pays qui est à terre.

D’un côté comme de l’autre, les intentions de départ étaient pourtant les bonnes.

Accélérer la transition énergétique d’une part, conserver son pouvoir d’achat de l’autre. En opposant ces enjeux vitaux, chaque partie se fourre le doigt dans l’œil. Ne pas aider ceux qui ne peuvent supporter le poids d’une écologie à tort punitive : une erreur consternante d’amateurisme. Poursuivre cet effort de déchirement du pays : une hérésie effrayante d’irresponsabilité.

C’est ainsi que M. Macron, en avalisant une mesure incontournable marquée de grossiers défauts, a réveillé d’anciennes et profondes colères.

Pour un couac de stagiaire, la France est dans la rue. Le couteau dans la plaie, on se pâme alors de la douleur au lieu de l’apaiser. Le gouvernement se met ainsi lui-même dans l’incapacité d’agir en enflammant le tonneau de poudre qu’est le pays.

Stupidité du pouvoir, hagard face à une révolte qu’il n’a su prévoir.

Naïveté du peuple, qui d’un point de négligence de ses dirigeants, en invoque l’incompétence totale.

Angélisme, enfin, d’une France si prompte à s’époumoner vainement, rétive à la constructivité sereine, acquise à la déconstruction systématique.

La France est bien la seule perdante dans ce conflit, divisée comme jamais, et amoindrie aux yeux vairons du monde, à la vue ambivalente.

Même si force de symboles ne suffisent pas à acter des choses, il serait bon d’inscrire sur le marbre que la France, comme la République, est Une et indivisible. Depuis trop longtemps s’inventent et se dressent les antagonismes, le peuple face à ses élites.

A la manœuvre, les nostalgiques de Robespierre, qui sans le clamer, aspirent au retour de la Terreur. Ce n’est bien sûr pas cette engeance, malgré ses misérables tentatives de récupération, qui préside à la colère, compréhensible, de ceux qui n’ont rien.

Mais c’est bien à elle que l’on doit ce climat de défiance instinctive, hérité des affres de la Révolution, puis de la magie communiste. Petite digression qu’on ne répétera jamais assez, quand Mme Hidalgo célèbre « l’icône romantique » qu’est le boucher Che Guevara : l’anticommunisme est un humanisme.

Les instigateurs de cette division sont aujourd’hui divers. A commencer par le gouvernement, qui s’est lui-même affligé d’une image tyrannique.

Aussi se contentera-on d’affirmer qu’ils se rangent essentiellement dans l’ultra gauche bien plus souvent qu’à l’extrême droite, exutoire des responsabilités.

Pour en revenir à nos moutons – de Panurge – ce mouvement jaune n’aura servit qu’à faire ressurgir les innombrables serpents de mer antédiluviens qui nagent en France, et qui, après chaque réveil, finissent par se mordre la queue.

Quentin Hoster

2018-11-26T17:11:47+00:00