Agression dans la rue : et si nous permettions aux citoyens de se défendre ?

3 août 2018

Tribune de Romain Naudinsecrétaire-général et porte-parole de l’UJP et vice-président des Républicains-Assas, parue dans Contrepoints le 3 août 2018.

Une vidéo a récemment fait beaucoup parler d’elle sur les réseaux sociaux : on y voit un homme qui, dans les rues de Paris et en pleine journée, agresse une jeune femme, Marie. Alors que l’agresseur lance un cendrier dans sa direction puis lui assène un coup de poing, la plupart des personnes assises à la terrasse devant laquelle se déroule la scène observent l’altercation sans réellement agir. Un homme se lève quand même et, muni d’une chaise, se dirige vers l’agresseur pour tenter de calmer le jeu. La vidéo se termine sans que l’agresseur n’ait pu être immobilisé ni inquiété.

Les réseaux sociaux, notamment Twitter, ont eu vite fait de pointer avec virulence le comportement jugé lâche et inacceptable de ceux qui, loin d’avoir tenté de secourir la jeune femme ou de l’avoir ensuite prise en charge, se sont conduits en spectateurs et ont laissé filer l’agresseur, dont la place devrait incontestablement être derrière des barreaux à l’heure qu’il est.

Nous ne pouvons que regretter le manque perceptible de civisme des citoyens qui auraient pu au minimum s’enquérir de l’état physique de Marie après son agression. Il va sans dire également que l’absence de réaction forte pour immobiliser l’homme et alerter la police laisse un goût amer. Il convient toutefois de rappeler un aspect juridique crucial qui ne peut qu’aggraver un tel état de fait, sans en être l’unique cause.

Ne pas se faire justice soi-même

En effet, le droit français est fondé sur un principe a priori simple mais lourd de conséquences : un simple citoyen n’a en aucun cas le droit de faire justice lui même. Seules les forces de l’ordre sont habilitées à intervenir physiquement sur l’auteur d’un crime, d’un délit ou d’une infraction pénale. Une personne comme vous et moi, témoin d’une agression physique dans l’espace public, ne pourra donc juridiquement que se limiter à appeler la police ou la gendarmerie, et à essayer de calmer le ou les acteurs de l’agression ou de l’altercation en les séparant ou en les raisonnant, ce qui a souvent d’évidentes limites. Immobiliser ou s’en prendre de manière physique à un agresseur est ainsi devenu impossible dans notre pays. Pire, l’honnête citoyen qui essaierait d’intervenir en lieu et place de la police, et alors même qu’il serait dans son bon droit, risquerait la prison à la place du voyou ! Un comble, n’est-ce pas ? De récentes affaires en témoignent, qui ont vu des commerçants condamnés pour avoir tué ou blessé des individus venus les voler…

Tout le monde semble d’accord pour affirmer qu’une telle législation, injuste sous bien des aspects, devrait être réformée. Ce serait alors tout le logiciel de la légitime défense qu’il faudrait réviser. Depuis des années notre droit s’emploie à déresponsabiliser toujours davantage les citoyens, leur enlevant tout pouvoir pour le confier à l’État, notamment en matière de sécurité. Certes, sans tomber dans le modèle américain qui engendre d’autres travers, relatifs aux armes par exemple, il serait bon de redonner une certaine marge de manoeuvre aux citoyens, de leur permettre d’assurer leur propre défense pour neutraliser les voyous sans attendre qu’il ne soit trop tard.

N’oublions pas que sécurité peut aussi rimer avec liberté. Rendons à chacun la liberté de se défendre pour garantir davantage de sécurité. Ce serait déjà un frein juridique levé, avant d’espérer des manifestations spontanées de civisme.

Romain Naudin, Secrétaire-Général et Porte-parole de l’UJP, vice-président des Républicains-Assas en charge des Relations extérieures.

2018-08-08T20:10:28+00:00